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 Sus au corporatisme par C.G.Charron

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Argrath le Troll
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MessageSujet: Sus au corporatisme par C.G.Charron   Sam 17 Mar - 15:47

http://www.vigile.net/economie/critique/dionsaul.html
Citation :

Sus au corporatisme
«Dieu a dit que, le roi a dit que.
Maintenant, c'est le marché qui dit que.»

JEAN DION

LeDevoir 22 octobre 1997


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Les mots résonnent comme autant de vérités tombées on ne sait trop d'où: mondialisation des marchés, libre-échange, rationalisation, compétitivité, efficacité. Aucun n'est innocent, mais tous prennent chaque jour davantage des allures de fatalités. Et ce faisant, dit John Saul, éloignent à son insu l'Occident de la démocratie. Sus au corporatisme.

De tout temps, les sociétés humaines ont eu pour source de légitimité l'un ou plusieurs de quatre grands principes: Dieu, le roi, les groupes ou l'individu en démocratie appelé citoyen. Il y a fort à parier qu'aujourd'hui, une écrasante majorité dirait que le dernier l'emporte. Mais c'est faux, affirme John Saul, qui soutient que l'Occident vit sous la dictature des groupes, ou corporatisme, et est, au fond, mû par les seuls intérêts qu'ils représentent.

Saul, un philosophe et essayiste natif de Toronto, est l'auteur de La Civilisation inconsciente, dont la traduction française vient tout juste de paraître chez Payot. Il boucle ainsi la trilogie amorcée avec Les Bâtards de Voltaire et Le Compagnon du doute où la technocratie, l'idéologie et la pensée unique passaient au crible de sa vision plutôt humaniste.

Inconscientes, nos sociétés? Oui, «du fait que la démocratie y est tout à fait marginale et que le système corporatiste domine», a dit Saul dans une entrevue au Devoir, hier. Une domination d'autant plus insidieuse que, contrairement aux autres grandes idéologies des deux derniers millénaires et demi, il ne se nomme jamais. Et fait passer ses valeurs fondamentales, ou même mineures, pour des phénomènes inévitables. L'hymne ambiant au libre marché par qui arrive le salut nouveau dogme non différent du marxisme ou du fascisme, n'en est qu'un exemple.

«Les grandes idéologies ont toujours été fatalistes. Dieu a dit que, le roi a dit que. Maintenant, c'est le marché qui dit que. Les phrases économiques sont construites exactement comme les phrases religieuses. Là où autrefois on disait "par la grâce de Dieu", on dit dorénavant "au nom de l'efficacité". C'est étonnant, et les gens ne le remarquent pas. L'économie est devenue la surface de la religion», souligne-t-il.

«L'idée corporatiste n'est pas du tout marginale, ni récente. Le processus est naturel dans notre civilisation, et le mariage est naturel entre la technologie, l'intérêt des groupes, la spécialisation et une énorme élite divisée en petits groupes. C'est ce qui est dangereux, d'ailleurs: on ne le voit plus parce qu'il est maintenant naturel.»

Dans cette organisation des idées qui fait de nos jours école, John Saul refuse de voir un quelconque complot. Il n'en discerne pas moins une uniformité de vues qui, des universités aux bureaucraties aux entreprises et même aux syndicats, n'est étrangement jamais ou à peu près remise en cause. Or, croit-il, cela est mauvais. Mauvais «pour la société, pour l'idée et la réalité de vivre dans une société démocratique, humaniste, dont le fondement est le citoyen». Mauvais aussi parce qu'on se trouve évacuer tout débat, pourtant essentiel en démocratie. A cet égard, John Saul reprend un exemple bien connu ici, celui du Sommet sur l'économie et l'emploi de 1996, générateur de tant de «consensus», qu'il qualifie d'idée complètement corporatiste».

Mais pour parler du Sommet une explication s'impose. La Civilisation inconsciente met notamment l'accent sur l'importance du langage pour «habiller la réalité» et asseoir la légitimité d'un courant de pensée. «Une idéologie reprend le vocabulaire essentiel, puis soit élimine des concepts, soit se les approprie» dit Saul, selon qui le procédé est flagrant dans ce cas-ci. «On a récupéré la notion de loyauté et celle de liberté. On entretient une confusion énorme entre contrat social et contrat commercial. La preuve, c'est que pour parler de contrat social, on réunit des groupes d'intérêt dans un sommet et on finit avec une somme de contrats commerciaux. C'est contraire à l'idée de démocratie.»

De même, l'appropriation du langage conduit à coincer les opposants à l'idéologie en les dépeignant comme des extrémistes. John Saul le sait bien, habitué qu'il est à se faire accoler l'étiquette de gauchiste. «Les néoconservateurs sont de droite, mais leur droite est présentée d'une telle manière qu'ils occupent aussi le centre. Ils ne laissent qu'une petite place qui s'appelle la gauche, comme si nous étions tous devenus soudainement des communistes.» Cela, alors que l'opposition à l'idéologie corporatiste balaie, dans l'absolu, le spectre qui va de la gauche au centre droit. Mais, ajoute-t-il, un autre problème réside dans le fait que nous utilisons une caractérisation droite/gauche vieillote, issue du XXe siècle.

Quant au consensus, John Saul y note «certains avantages réels, pratiques. Mais le consensus amène à penser que la société se résume aux intérêts des groupes. Et cette idée-là est une idée fausse et pauvre, qui réduit l'aspect progrès de la civilisation et le remplace par quelque chose de très terre-à-terre. Or, si l'Occident est devenu la civilisation dominante depuis plusieurs siècles, c'est en grande partie parce que nous avons dépassé le stade bassement intéressé».

Le consensus, poursuit l'écrivain, est d'autant plus pernicieux qu'il amène les gens à faire le contraire de ce qu'ils auraient pensé ou dû faire. Témoin cette adhésion massive au principe du déficit zéro, carrément «antidémocratique».

Saul se défend bien d'être contre le marché ou contre l'expression des intérêts. «Il y a toujours eu et il y aura toujours des intérêts, dit-il. Ce n'est pas mauvais; le problème réside plutôt dans le fait qu'ils sont dominants. De même, le marché a toujours existé et existera toujours. Dans l'histoire, quand on a essayé d'éliminer l'idée de marché, ça été une catastrophe; mais quand nous avons laissé le marché faire comme il veut, ça aussi été une catastrophe.» Il donne à ce sujet l'exemple d'une tentative de libéralisation des échanges qui a directement conduit à la Première Guerre mondiale, et met sur «notre manque de mémoire collectif» l'empressement à répéter les erreurs du passé.

Le problème ainsi posé, y a-t-il donc une solution? Certainement, mais elle devra aller au fond des choses, dit John Saul. «Il faut d'abord identifier la réalité; ensuite, discuter, douter, utiliser notre intelligence, penser; ensuite, décider, enfin, gérer le résultat. Les deux premières étapes sont les plus importantes, mais notre éducation est basée presque entièrement sur la quatrième, faire le ménage, la moins importante.»

«La démocratie est en cause tous les jours. Elle est très lourde à porter. C'est très ennuyeux, ça prend du temps, c'est fatigant, et ce n'est jamais définitif. Mais si on le fait bien, le trajet n'est pas mal.» Optimiste, en somme, John Saul? «Si je pensais qu'on allait rester dans les conditions actuelles, je n'aurais pas écrit ce livre.»

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